Sport et déséquilibre nutritionnel : Connais-tu le RED-S ?

Entraînement
15/2/2022

📸 Crédit Anthony Chenot

Article rédigé par Marion Counil : Diététicienne Nutritionniste

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Sport et déséquilibre nutritionnel : Connais-tu le RED-S?

Relative Energy Deficiency in sport (RED-S) : Déficience énergétique relative dans le sport

Le témoignage récent d’une traileuse internationale de haut niveau, Mimmi Kotka, a mis en lumière, dans les médias spécialisés, la notion de RED-S. Son expérience a fait écho auprès de nombreux sportifs et sportives de tous âges et de tous niveaux ayant connu des symptômes souvent complexes à associer à un déséquilibre identifié à la fois par le milieu sportif et par le corps médical.

Le Red-s ? C’est quoi ?

1.  Déficit énergétique et ralentissement métabolique

Pour la petite histoire, antérieurement à l’existence de la notion de RED-s, c’est la triade de l’athlète féminine qui était recensée chez les femmes sportives.

La définition de la triade féminine retenue dans la déclaration de consensus du CIO (Comité International Olympique) de 2005 indiquait qu’il s’agissait de « la combinaison de troubles alimentaires et de cycles menstruels irréguliers conduisant finalement à une diminution des œstrogènes endogènes et d'autres hormones, entraînant une faible densité minérale osseuse » et ce sur la base de preuves scientifiques.

L'American College of Sports Medicine lui a donné ensuite une existence clinique qui faisait référence à la « relation entre trois composants interdépendants : la disponibilité énergétique, la fonction menstruelle et la santé osseuse ».

C’est en 2007 que le CIO fait évoluer la triade dans un sens plus large : apparition du RED, afin d’y inclure également les hommes, possiblement moins touchés, et les personnes actives pas obligatoirement sportives. Lorsque le sujet est sportif, on y accole le –s (pour « sport).

Les hommes seraient possiblement moins touchés en raison, en partie, d’un déficit énergétique qui doit être proportionnellement beaucoup plus important pour engendrer un tel trouble que chez les femmes. En outre, la triade était trop restreinte s’agissant des impacts sur la santé, d’autres manifestations de ce ralentissement métabolique ont été révélés depuis, non exhaustives.

Aujourd’hui, la définition physiopathologique du RED-s décrit que sur une période de vie, l'athlète se déplace sur une ligne continue partant de l'athlète en bonne santé avec une énergie disponible optimale, des règles régulières pour les femmes et des os sains, une homéostasie satisfaisante (équilibre intérieur du corps) et arrivant vers un extrême opposé caractérisé par des symptômes et effets divers sur la performance et plus globalement sur la santé.

Diagramme des impacts sur la performance et sur la santé

Source : British Journal of Sports Medicine

Pour faire simple, le RED-s est donc la résultante d’une faible énergie disponible pour le bon fonctionnement de l’organisme et ce, en rapport avec la dépense énergétique supérieure liée au sport.

Le tableau physiopathologique et symptomatologique chez le sportif démontre la complexité à poser un diagnostic du  Red-s tant les causes et effets sont étendus et hétérogènes :    

Un déséquilibre de la balance énergétique  qui trouble  l’homéostasie du corps et conduit à ralentir son métabolisme (le fonctionnement de son organisme).

A cet égard, plus le déséquilibre sera traité tôt par un rééquilibrage énergétique, notamment,  meilleurs seront les résultats et limitées seront les conséquences.

Si la meilleure des médecines est celle de la prévention, une appréhension globale du RED-s est nécessaire afin d’élaborer une grille d’analyse indispensable à la lecture des symptômes caractéristiques.

2. Spécificités féminines

Force est de constater que les athlètes féminines sont régulièrement touchées par l’oligoménorrhée voire l’aménorrhée qui se manifestent par l’insuffisance des menstruations (rares et flux faibles) ou  leur disparition. Une absence de règles souvent banalisée dans le milieu sportif malgré les démonstrations scientifiques et constats médicaux en particulier:

- sur la structure osseuse : diminution de la densité minérale osseuse avec un  risque de fracture de fatigue élevé et de l’ostéoporose sur le long terme. L'ostéoporose est une maladie diffuse du squelette caractérisée par une diminution de la densité osseuse et des altérations de la micro-architecture des os. Ces altérations rendent l'os plus fragile et augmentent le risque de fracture ;

- sur le pouvoir oxyphorique du sang : la capacité du sang à véhiculer l'oxygène dans le corps humain.

En outre, le taux de masse grasse pour une femme en bonne santé est supérieur à celui des hommes, ce qui peut expliquer, en partie, les déséquilibres plus marqués observés chez la femme et spécialement sur les menstruations.

En effet, il serait préconisé pour la population en général, en moyenne, entre 10 et 20% d’adiposité pour les hommes et entre 15 et 30% pour les femmes.

S’agissant des sportives et sportifs, toutes disciplines confondues, le taux d’adiposité pour une santé optimale s’élèverait entre 9 et 13% pour les hommes et entre 12 et 23% chez les femmes.

Pour précision, il a été démontré que les sports d’endurance augmentent la sensibilité à l’insuline sur les adipocytes, ce qui entraîne une réduction de la masse grasse.

Pour mémoire, l’insuline est une hormone dite « antilipolytique », ce qui signifie qu’elle s’oppose au métabolisme de destruction des graisses. C’est pourquoi une résistance à l’insuline peut s’accompagner d’une lipolyse qui libère des acides gras libres. Ces acides gras, en raison de leur grande quantité produite, sont transformés par le foie en corps cétoniques et éliminés par le rein. Il est possible d’observer une cétonurie.

Les corps cétoniques étant des molécules acides, leur accumulation dans le sang peut provoquer une acidose

Liste non exhaustives de personnes à risque :

Source : British Journal of Sports Medicine

L’extrême rareté des études sur l’impact du sport, et, plus particulièrement des sports d’endurance, sur les organismes et métabolismes féminins interroge et conduit à analyser plus en détail les précieux témoignages des femmes sportives et des athlètes qui se livrent publiquement ces derniers mois. Témoignages essentiels qui comblent un défaut de connaissances et d’informations sur le syndrome du RED-s. Les athlètes Mimmi Kotka et Marine le Cuisinier, notamment, ont publiquement partagé leurs symptômes de Red-s participant à un devoir d’alerte et de sensibilisation des sportifs et sportives de tous âges et de tous niveaux sur les risques afférents à la perte de masse grasse, à l’absence des menstruations, etc.

3.  Solutions préventives

D’après une étude britannique rédigée par des médecins et universitaires, il est essentiel d’effectuer un travail d’information et d’éducation des athlètes, entraîneurs, thérapeutes et plus largement de l’entourage de la sportive et du sportif pour éviter et sinon limiter les cas de RED-s.

Il apparait que 70% des athlètes féminines consommeraient le minimum énergétique recommandé. La majeure partie des sportifs ne respecterait pas les minima conseillés.

Il est préconisé de réaliser un dépistage, pour une détection précoce du RED-s, chaque année lors d’un contrôle médical et systématiquement lorsqu’il est observé une baisse de performance sportive, mentale, d’importantes variations physique, physiologique et biologique.

A ce jour, il n’existe aucun consensus sur la méthode et les outils à adopter, uniquement des préconisations et la mise en lumière d’une palette, non exhaustive, de méthodes à utiliser selon les affinités des professionnels.

Le Eating Disorder Examination (Examen des troubles de l’alimentation) est toutefois plébiscité pour évaluer précisément les apports alimentaires ainsi que les comportements alimentaires en lien avec la charge d’entraînement.

Ainsi, qu’une mesure du taux métabolique au repos par calorimétrie indirecte pour confirmer la suppression du métabolisme secondaire à une faible activité énergétique.

Un journal de bord pourrait être tenu par l’athlète : apports énergétiques, fréquences cardiaques etc.

Le dépistage d’un potentiel déséquilibre hormonal et d’une perte de masse osseuse est également encouragé via des questionnaires sur l’historique et la régularité des menstruations ainsi que des mesures anthropométriques pour l’un et une imagerie par DXA (imagerie médicale spécifique)  pour l’autre.

Des recommandations spécifiques sur la surveillance de la perte de masse grasse seraient utiles. La DXA pourrait être également employée pour l’analyse de la répartition graisseuse et le taux respectif de la masse grasse/masse maigre en sus de l’impédancemètrie.

4. Traitements curatifs et objectifs diététiques  

Le diagnostic d’un RED-s conduit à élaborer plusieurs stratégies de soin pour une guérison optimale. Agir, selon les symptômes, à la fois sur les apports énergétiques, un rééquilibrage hormonal ainsi que sur un renforcement osseux. Le retour vers un équilibre énergétique s’estime en semaines, en mois s’agissant du rééquilibrage hormonal et de fait des menstruations pour les femmes et enfin cela se décompte en année pour l’amélioration de la densité osseuse.

Frise vers le retour de l’homéostasie

Concomitamment, une diminution de la charge d’entrainement serait préconisée ainsi qu’un arrêt temporaire des compétitions afin de limiter les effets indésirables et irréversibles sur le long terme du RED-s.

Un suivi psychologique ainsi que nutritionnel par des professionnels dédiés est conseillé. Les recommandations d'apports énergétiques pour le sportif entraîné indispensables pour une bonne tolérance de l’effort sont :

    - Variables. Tenir compte de la planification des efforts, de la variation des intensités, du volume des séances,  des conditions climatiques, du terrain.

    - la DEJ (Dépense énergétique journalière) = MB* (Métabolisme de base) X NAP (niveau d’activité physique

* Le MB correspond à 60% à 80% chez le sujet peu actif et à 40% à 48% chez les sportifs entraînés.

Conclusion

Le RED-s reste à ce jour sensiblement méconnu. Un syndrome qui mériterait d’y consacrer davantage d’études scientifiques et médicales et de bénéficier d’une visibilité plus large auprès des publics concernés.

Article écrit par Marion Counil (voir bio en dessous)

Sources bibliographiques

-  Nutrition du sportif, X. Bigard et C.Y. Guezennec, éd. Elsevier 3e

-  La déclaration de consensus du CIO: au-delà de la triade de l'athlète féminine - Déficience énergétique relative dans le sport (RED-S), British Journal of Sports Medicine, Avril 2014

-  Triade de l’athlète féminine : quoi de neuf ?A. Nowak, J.L. Ziltener, S. Bonfanti, article Rev. Med Suisse 2016; volume 12. 1262-1265

-  Syndrome RED-S: N’attendez pas que votre corps dise stop…pour longtemps ! Dr. J-C. Vauthier, médecin, article Distances +, 21 juin 2021

-  Etude de l’IRBMS (Institut de recherche du bien-être de la médecine et du sport santé)

-  Publications des athlètes M. Kotka et M. Lecuisinier, réseaux sociaux, Facebook

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