Entretien avec Nicolas Martin, vice-champion du monde & champion de France de trail


« Apprends à aimer t’entraîner et tu seras un bon athlète ! »


Bonjour Nicolas, peux-tu te présenter rapidement ?


Je suis né en 1986 dans le département de l’Isère. J’ai grandi dans le Trièves aux confins du sud Isère à la limite avec la Drôme et les Hautes Alpes.
Aujourd’hui, je vis en couple avec Madeleine et nous habitons dans le Chablais à proximité d’Evian les Bains. Je suis sportif semi pro en trail running.

 

Quels ont été tes débuts en trail et pratiquais-tu d’autres sports avant de te consacrer pleinement à la compétition ? 

J’ai commencé à courir vers l’âge de 15 ans. J’ai commencé par hasard un été pour accompagner mon cousin qui a 10 ans de plus que moi. A ce moment là, j’étais aussi joueur de football. J’ai arrêté le football un an plus tard. J’étais un passionné par la chasse aux chiens courants donc les matchs étaient problématiques. J’ai trouvé dans la course à pied et en particulier, le trail running, une nouvelle activité sportive. Je passais ma journée dans les bois à courir après les chiens puis le soir venu, j’allais faire 1h de footing dans la forêt. Mes parents habitent à 50 m du premier chemin donc la pratique était complètement naturelle. Durant 7-8 ans, j’ai couru juste pour le plaisir sans vraiment de notion de performance. C’est seulement en 2010 que j’ai rencontré mon entraîneur actuel Patrick Bringer et que j’ai commencé à avoir une démarche tournée vers le haut niveau.

 

Quel est ton meilleur souvenir en compétition sur les 12 derniers mois ?

Ma 5ème place sur les championnats du monde est le meilleur souvenir car au delà de ma propre performance (peut être pas la meilleure de l’année), il y a une dimension collective avec la médaille d’argent de l’un de mes amis Julien Rancon puis le titre collectif. C’est des journées exceptionnelles bien au delà sa propre personne. J’aime aussi le sport pour les émotions et les aventures humaines.

 

Un grand bravo pour ta 5e place aux mondiaux de trail début juin, objectif accompli?

J’ai été vice champion du monde en 2016 donc j’avais forcément un objectif maximal plus élevé. Je visais le podium et c’est raté pour 1’30 sur 3h40 de course. C’est assez peu sur le plan comptable donc je suis globalement satisfait. Cela dit, je suis assez sévère avec moi même et je sais que je pouvais faire mieux. J’avais les capacités physiques de faire une médaille de bronze mais je n’ai pas su le faire. Le sport, c’est aussi cette incertitude et cette capacité ou non à tirer le meilleur de soi même le jour J. On dira mention “bien” et pour monter sur un podium mondial, c’est insuffisant.

 

Qu’as-tu en tête pour la suite de la saison/ l’année prochaine ? 

Je viens de participer au Marathon du Mont Blanc qui était l’une des courses les plus relevées de l’histoire sur le format marathon de montagne (42,5 et 2650 m de D+). La suite de ma saison devrait passer par un défi personnel avec mon ami Stéphane Ricard lors d’une traversée des Hautes Alpes. “De la lavande à la glace” sera une belle aventure humaine, pédagogique et sportive durant 6 jours avec environ 500 km et 20000 m de D+. Au menu, du vélo, du trail mais aussi d’autres activités de plein air.
Sur le plan compétitif, je serai au départ du 25 km du Trail des Passerelles en tant que parrain puis la semaine suivante sur les Dolomites Skyrace.
Pour la suite, c’est le corps et la tête qui décideront mais la fin de saison devrait se passer en Patagonie sur les championnats du monde de course en montagne longue distance

 

Le trail est de plus en plus médiatisé, on peut clairement dire que tu fais partie de l’élite mondial, arrives-tu à vivre de ce sport ?

On peut en vivre plus ou moins selon ses choix de vie. Si on est célibataire et passionné, il y a moyen de remplir son frigo et payer ses factures. En revanche, hormis une poignée d’athlètes, il ne faut pas croire qu’on peut assurer son avenir avec le trail running. Malgré la médiatisation, les athlètes “élites” sont peu soutenus hormis par les marques et c’est d’autant plus dur que l’avènement des réseaux sociaux conduit à de nouvelles politiques en sport marketing. Aujourd’hui, être un athlète de “valeur”, ce n’est pas juste sur le plan sportif donc les situations sont variables selon la capacité ou non d’un athlète à fédérer une communauté autour de lui. A titre perso, ça correspond peu à ma personnalité. Prendre des photos en montagne, je le fais déjà très peu pour moi même donc raconter ma vie au quotidien, ce n’est pas une chose aisée malgré le fait d’en avoir conscience sur le plan de la communication.

 

Peux-tu nous décrire ta vision de l’entraînement, comment vis-tu ce volume tout au long de l’année ?

Je vis une réelle passion pour l’entraînement. Pour ma part, ça passe avant la compétition. Etre bon en compétition, c’est juste montrer aux autres ce qu’on a fait au quotidien. La plus grande chance que j’ai en tant qu’athlète semi pro, c’est de pouvoir m’entraîner de nombreuses heures pour vivre un magnifique chemin et un épanouissement quotidien. Une vie sans stress où on peut profiter de ses journées.
Au début de ma carrière, j’étais souvent en réticence avec l’entraînement surtout les séances difficiles. C’était un peu le mode, il faut le faire pour être “bon”. Avec l’expérience, je ne crois pas qu’on puisse faire une longue carrière avec cette mentalité. Aujourd’hui, ma philosophie, c’est “Apprends à aimer t’entrainer et tu seras un bon athlète !”. Quand c’est plus dur puisque ne faut pas se mentir, il y a de l’inconfort physique quand on veut prétendre à faire du haut niveau, j’aime bien une phrase de Scott Jurek “Parfois, il faut juste faire les choses.”

 

Une semaine type pour toi ça correspond à quoi ?

En volume horaire, je fais entre 12 h en hiver quand j’ai un emploi à temps plein à 20-25 h en pleine préparation spécifique. Je parle des semaines classiques de préparation hors affûtage, semaine de récupération… Annuellement, je fais 750-800 h donc une moyenne  14-15 h en incluant les repos, les compétitions…

 

Cela fait plusieurs mois que tu utilises Nolio, quelle place prends cet outil dans ta préparation ?

C’est un excellent outil d’analyse pour l’entraîneur mais aussi pour l’athlète. Les fonctionnalités sont nombreuses et permettent à tout type de fonctionnement de trouver “chaussure à son pied”.
Pour un sport comme le trail, l’entraînement reste assez empirique et très basé sur les sensations donc on a tendance à moins analyser que le cyclisme par exemple. Cela dit avec son développement, on va tendre vers une plus grande rigueur et Nolio est un formidable outil pour le faire. En plus, c’est made in Isère donc je suis forcément “fan”.

 

Le mot de la fin ?

Je souhaite à tous les athlètes, triathlètes ou cyclistes de vivre une saison pleine de grands moments humains, joies et ainsi de faire “péter” leurs stats sur Nolio.

 


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Crédit photo Pascal Rudel