Portrait d'athlète : Claire Bové

1/8/2022
Portrait d'athlètes

📸 Franck Leloire

Claire Bové, 23 ans et vice-championne olympique aux Jeux Olympiques de Tokyo 2021 en deux de couple poids léger. Dans ce portrait nous avons parlé de sa médaille avec sa coéquipière Laura Tarantola et de la préparation pour les prochains Jeux Olympiques de Paris. Rencontre avec une athlète aussi attachante que pétrie de talent.

"Ce sont des moments incroyables, c’était juste géniale. Lorsque je repense à cette période, j’ai un grand sourire. C’était un moment que l’on peut qualifier de « hors du temps »"

Bonjour Claire, peux-tu te présenter pour ceux qui ne te connaissent pas ?

Bonjour, je m’appelle Claire Bové, je fais de l’aviron à haut niveau, je suis vice-championne Olympique avec Laura Tarantola, je fais des études en kinésithérapie, je suis en 3 ème année actuellement et j’ai 23 ans.

Comment as-tu découvert l’aviron ?

J’ai essayé l’aviron avec ma meilleure amie. On voulait faire un sport en commun, il y avait une section sportive aviron dans mon collège et on a décidé de s’inscrire toutes les deux. Même si j’ai une famille qui est dans le monde de l’aviron, je ne voulais pas en faire. C’est ma meilleure amie qui voulait absolument essayer. Elle m’avait promis qu’elle ferait du triathlon avec moi si je faisais de l’aviron avec elle. Au début on faisait ces deux sports. Voilà l’histoire !

Je ne voulais vraiment pas pratiquer l’aviron, j’ai essayé de me faire recaler mais pas de chance pour moi, le prof d’EPS de la section sportive connaissait mes parents… je n’ai donc pas réussi à me faire recaler même en mettant de la mauvaise volonté.

Tu es vice-championne Olympique à Tokyo en double poids léger avec ta coéquipière Laura Tarantola, quelle relation tu entretiens avec elle ?


Avec Laura aujourd’hui nous sommes vraiment des amies, on est plus seulement coéquipières mais vraiment des amies dans la vie de tous les jours. On rame ensemble depuis 2017, c’était ma première année en séniore et premier stage sur le lac de Soustons. Nous étions en skiff (bateau solo) pour préparer les piges et finalement les coachs ont essayé de nous appairer. Finalement ça tout de suite matché, on rame ensemble depuis 2017. Au début, nous étions avec Laura seulement deux filles qui ramaient ensemble, il n’y avait pas plus de relation. Finalement au fur et à mesure des années et c'est surtout celle des Jeux Olympiques que notre relation à évolué. Nous avons appris à compter l’une sur l’autre. Nous sommes devenues vraiment des amies et ça change tout. 

Nous avons réalisé un gros travail de communication. On a réussi à s’ouvrir l’une envers l’autre, à se connaître, à prendre ce que l’autre aime et ce qu’elle n’aime pas, finalement ça change tout ! On peut tout se dire aujourd’hui et on progresse énormément. Nous sommes vraiment différentes, mais finalement nous sommes complémentaires.


Vous avez un poids à gérer pendant vos courses, peux-tu expliquer pour les personnes qui ne connaissent pas l’aviron ?

On doit être à un poids réglementaire avec notre tenue de course comprise. Lorsque l’on a des courses en individuel, le poids est de 59 kg, il varie au fur et à mesure de l’hiver. A partir du moment où l’on doit monter dans des bateaux longs, le poids sera de 57 kg de moyenne
d’équipage. Une rameuse ne peut pas dépasser 59 kg dans tous les cas. Si elle est à un poids maximum de 59 kg, l’autre doit compenser dans ce cas-là en étant à 55 kg pour que la moyenne dans le bateau soit à 57 kg.

Lors des Jeux Olympiques nous avons plutôt bien géré notre poids, nous n’avions pas cette impression de ne rien manger. Avec Laura on s’est dit que l’on pouvait prendre à chaque repas un petit quelque chose qui nous faisait plaisir. A Tokyo, il y avait tellement de choses à manger, les restaurants étaient ouverts 24h/24, il y a énormément d'aliments, de plats que nous n’avons pas l’habitude de manger donc c’était vraiment tentant. C’est pour cette raison que l’on s’autorisait un petit extra à chaque repas tout en faisant attention quand même. Ce qui était plus compliqué à gérer, c’était la chaleur. L’hydratation était importante mais l’eau pèse … un verre d’eau c’est tout de suite 200 g en plus, donc le poids pouvait monter
rapidement. Les variations étaient donc énormes.

Peux-tu nous parler de tes premiers Jeux Olympiques et surtout de ta finale ?

Ce sont des moments incroyables, c’était juste génial. Lorsque je repense à cette période, j’ai un grand sourire. C’était un moment que l’on peut qualifier de « hors du temps ». On n’a pas l’habitude de voir autant d’athlètes dans plusieurs disciplines différentes. On pouvait se dire « oh ça ce sont des gymnastes, là ce sont des athlètes ». Il y avait beaucoup de monde et aussi le fait qu’il y avait le COVID, cela a rendu cet événement particulier. Il y avait vraiment ce sentiment de respect entre tous les sportifs. Même si on ne pouvait pas vraiment communiquer à cause des restrictions, on se rendait compte que les athlètes faisaient des efforts tout de même. Ce sont des supers moments de partage !

Nous avons abordé les courses d’une manière plutôt simple. Même si ce sont des courses olympiques, c’est la même distance (2000m) que sur toutes nos courses internationales, donc il n'y avait pas de pression supplémentaire à se mettre.

Après avoir passé les séries avec succès, on s’est dit « on est maintenant demi-finalistes olympiques », quand on passe les demi-finales on se dit « maintenant on est finalistes olympiques ». Après avoir passé la ligne d’arrivée de la finale, nous avons mis énormément de temps à réaliser que nous étions vice-championnes olympiques.

Extrait du reportage de France Télévision lors des Jeux Olympiques de Tokyo : https://www.dailymotion.com/video/x831a8l

Les sollicitations ont été nombreuses, comment tu vis cette nouvelle notoriété ?

Tout de suite après les Jeux Olympiques, nous avons eu une pause. De pouvoir prendre le temps dont on a besoin, dont le corps a besoin pour récupérer que ce soit au niveau physique ou mental, c’est indispensable. On monte très très haut, mais on peut rapidement descendre assez bas, c’est assez complexe à gérer. Le fait d’avoir les médias, c’est un engouement différent, donc cela permet que la pente soit plus douce, que le gouffre ne soit pas trop important. 

Janvier 2022 arrive et les sollicitations commencent à se tasser, on réalise qu’il faut vraiment se remettre dans l’entraînement. C’est un peu plus complexe à vivre car cela devient dur de dire oui à tout le monde, car on doit se gérer nous-même aussi. J’ai pris un agent pour s’occuper de ce côté média, réseaux sociaux, car cela devenait impossible pour moi de me donner à fond sur les deux tableaux. Elle m’a permis de trouver des partenaires qui vont m’accompagner jusqu’en 2024 ou 2028. C’est quelque chose que je ne sais pas faire, donc j’ai préféré bien m’entourer et cela me permet de me concentrer sur l’entraînement.

Vous avez plutôt bien performé pour votre retour sur la scène internationale lors de la 3ème étape de la Coupe du Monde à Lucerne, quelles ont été les sensations ?

On a repris le double avec Laura au mois de mars. Le premier stage après les Jeux olympiques a été horrible il faut le dire ! On avait des mauvaises sensations, on n’avançait pas … on s’est dit « comment on va faire ? ». Finalement on a repris le skiff (bateau solo), on s’est retrouvé sur le stage suivant en double et les sensations sont revenues.

On a fait notre première régate en mai à Essen en Allemagne, mais pas dans la catégorie poids-légers. Le fait de ne pas avoir de pesée nous a permis d’enlever une grosse pression. Nous avons fait des courses qui nous ont donné une grande satisfaction, c’était juste top.

Cette coupe du monde à Lucerne début juillet c’est quasiment un an jour pour jour après Tokyo. De voir notre forme à ce niveau-là alors que l’on a fait une énorme coupure, cela donne un coup de boost énorme. Nous avons pu travailler des points techniques qui étaient nos points faibles auparavant. Ils sont aujourd’hui devenus nos points forts. Cela fait super plaisir ! Nous n’avons pas fait première mais bon, on sait désormais où on se situe et ce qu’il nous reste à faire pour atteindre la victoire.

Quelles sont vos prochains objectifs ?


Nous repartons en stage à Bellecin pour préparer les championnats d’Europe qui auront lieu du 11 au 14 août à Munich. Ensuite on aura une semaine pour se ressourcer un peu, continuer de s’entraîner et on enchaînera avec le stage terminal qui durera jusqu’au 20 septembre pour préparer les championnats du Monde qui auront lieu fin septembre.

Les Jeux Olympiques de Paris arrivent à grands pas, vous allez être attendu cette fois ?

Oui j’espère ! mais je ne pense pas que nous aurons forcément plus de pression qu’à Tokyo. Déjà l’année dernière on nous parlait tout le temps de la possibilité de remporter une médaille etc. Il y avait énormément de médias et sa peut déstabiliser à ce niveau-là...

Les courses se jouent tellement à peu de choses, surtout dans notre catégorie. Il n’était pas possible de ressortir un favori de cette course. Il va y avoir une pression supplémentaire à Paris c’est sûr, car on a déjà fait un podium. On est d’accord avec Laura pour se dire qu’à Tokyo c’était quelque chose d’unique, qui ne se reproduira peut-être pas. On va déjà essayer de se qualifier et on avancera étape par étape.

Tu utilises Nolio depuis cette année avec la fédération d’aviron et ton entraîneur Frédéric Perrier, qu’est-ce que la plateforme t’apporte ?

ELLE M’EVITE DE REMPLIR LE CARNET D’ENTRAÎNEMENT A LA MAIN ! Je ne suis très assidue sur ce point, je ne veux pas remplir le carnet plusieurs fois … auparavant j’avais une montre Suunto, je devais rentrer les informations de la séance et les commentaires sur le carnet. J’avais mes petites habitudes. C’était énervant de remplir l’excel à chaque fois.

Maintenant on est passé sur Nolio, je n’ai plus besoin de le remplir, c’est parfait ^^. Avec ma nouvelle montre Garmin je n’ai plus rien à faire. Je ne sais pas si c’est bien ou non, mais je ne vais même plus voir les analyses des séances, je laisse cette partie-là à mon coach. C’est un gain de temps non négligeable. Quand j’ai besoin d’aller voir pour la prochaine séance, j’ai juste besoin d’aller voir le calendrier « prévu ». Mon entraîneur peut m'envoyer parfois des commentaires aussi ! je reçois une notification et je vais voir directement dessus. 

Aujourd’hui je me désintéresse des paramètres physio alors que cela m’intéressait beaucoup avant.

Un petit mot pour finir ?

Quand on fait quelque chose il faut le faire à fond pour ne pas avoir de regrets. C’est ce que je me dis à chaque fois, c’est vraiment mon crédo !

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