Sportif de haut-niveau et étudiant, comment organiser sa vie professionnelle et sportive ?


“L’entrainement du skieur et du traileur se ressemble assez. Le ski m’a apporté le goût de l’effort, la rigueur, de l’endurance et aussi la base de notre sport : le plaisir d’évoluer seul en nature.”


Salut Antoine, peux-tu te présenter pour ceux qui ne te connaissent pas ?

Salut, j’ai 23 ans, je viens juste de terminer mes études d’ingénieur. Cela fait quatre ans que je pratique la course de montagne / trail en compétition au sein du Team On Running. Avant la course en montagne j’ai fait beaucoup de ski de fond au club de Chamrousse puis au Team Nordic Panthers. Dans ma pratique, j’essaie de trouver un équilibre entre l’esprit de compétition / dépassement de soi et les bons moments en montagne entre potes.

Comment adaptes-tu ton emploi du temps en fonction de tes études et de tes entrainements ?

Il n’est pas toujours évident de concilier des études prenantes et le sport de haut-niveau . Le plus dur était en classe préparatoire, réputée pour être un long tunnel où l’on ne fait qu’étudier. J’ai eu la chance de bénéficier d’aménagements de la part de Grenoble INP ce qui m’a permis de continuer la compétition en parallèle de mes études. Je pouvais aller me vider la tête à l’entrainement après les cours de maths. Le fait de mener de front ces deux projets m’a permis de développer une super organisation. Je me sers de cette organisation aujourd’hui pour planifier au mieux mon emploi du temps et mes entrainements. Essayer d’optimiser, par exemple, dix petits créneaux en une grande pause qui me permettra de programmer un entrainement.

On imagine que tu dois avoir de semaines bien chargées, pourrais-tu nous donner une semaine type par exemple ?

Lors de mon dernier stage d’ingénieur je cumulais 35/40 h de boulot et 15/20 h d’entrainement par semaine. Si on additionne les deux cela laisse encore pas mal de temps libre encore. Mais on oublie encore souvent de prendre en compte les temps de transition et de récupération qui sont indispensables pour ne pas exploser physiquement ou mentalement. Ma difficulté est donc de placer ses deux entrainements au bon moment en fonction de mon emploi du temps. Parce qu’il est encore plus difficile de résoudre une équation différentielle après une séance de piste bien appuyée.

Pour une semaine type : c’est deux à trois grosses séances d’intensité, une ou deux sorties longues et le reste tranquille en endurance. J’allais m’entrainer tous les jours entre midi et deux, des séances plutôt courtes on va dire. Je pouvais parfois y retourner le soir sur une sortie cool pour récupérer. Le week-end je pouvais enfin profiter pour effectuer des sorties longues avec les copains.

Les moyens : la base de mon entrainement (50%) reste la course à pied. Le reste varie en fonction de la saison, de l’envie et des blessures. J’aime mixer le plus possible avec du ski de fond, ski alpinisme, vélo et montagne.

Tu étais fondeur avant d’être traileur, qu’est-ce que ça t’apporte ?

L’entrainement du skieur et du traileur se ressemble assez. Le ski m’a apporté le goût de l’effort, la rigueur, de l’endurance et aussi la base de notre sport : le plaisir d’évoluer seul en nature. Ce qui change c’est les chocs, les courbatures et le travail musculaire. J’arrivais avec un bagage physique et des connaissances, mon coach Jérôme Mermillod m’a apporté des séances spécifiques au trail. Je pense que c’est aussi avec le ski que j’ai appris à jouer en descente : débrancher le cerveau et tourner les gazs.

Quels sont tes prochains objectifs professionnels et sportifs ?

Maintenant que j’ai fini mes études, fini la rigolade et les aménagements scolaires. Ce sera sûrement difficile mais l’objectif est de continuer à m’investir autant dans le sport que dans le boulot. Il me semble important de ne pas faire que courir. J’ai besoin de penser à autre chose de temps en temps : faire marcher la tête quand les jambes sont fatiguées. Avoir d’autres projets permet aussi de prendre du recul et d’avoir beaucoup moins de pression. La course à pied doit rester un loisir / plaisir pour moi sinon je risquerais de devenir fou. Si cela ne marche pas ce n’est pas la fin du monde, je sais que j’ai d’autres activités où je m’épanouis.

Professionnellement mon souhait est de concevoir du matériel. Ainsi mon expérience de sportif me servira pour fabriquer des produits adaptés aux coureurs. Je suis très content d’être embauché chez mon sponsor On Running. Je suis excité de déménager à Zurich pour travailler avec les nombreux testeurs et développeurs et ainsi proposer de nouveaux modèles  les plus aboutis possibles.

Sportivement je me plais pour l’instant sur des distances entre 30 et 60 km. Je me laisse encore deux saisons sur ce format Marathon pour m’amuser sur les courses qui me font rêver (Course du circuit Golden, MMB, Sierre Zinal, Zegama, classique comme les Templiers). Puis j’augmenterai encore la distance progressivement pour arriver sur un UTMB d’ici 5/6 ans.

Comment la fondation Grenoble INP t’accompagne dans ton double projet de vie ?

Tout d’abord c’est grâce aux aménagements de Grenoble INP que j’ai pu continuer le sport de haut-niveau après le bac. Les sportifs et les artistes bénéficient d’étalements de la scolarité, d’autorisation d’absences et de soutien scolaires. Sans ça il était impensable de s’entrainer en classe préparatoire. A côté, nous avions accès à une salle de sport et des soins (kiné, cryothérapie).

La fondation Grenoble INP nous apporte un soutien supplémentaire : une aide financière, un réseau de sportifs, d’entreprises puis aussi des encouragements avec des objectifs.

Quel(s) conseil(s) donnerais-tu à un étudiant qui souhaite optimiser sa carrière sportive et professionnelle ?

Mon conseil serait vraiment de ne pas abandonner les deux projets. Quelques soient les études, il existe souvent des dispositifs pour concilier les deux. Il faut en profiter car cela fait du bien de pouvoir penser à autre chose et il est rassurant d’avoir plusieurs cordes à son arc. Je conseillerai donc de se renseigner sur les écoles qui proposent des aménagements pour les études de son choix.

Tu as participé à l’OCC sur l’UTMB, comment s’est passée la course ?

J’en ai vraiment bavé, c’était très dur et je n’avais jamais couru aussi longtemps. Quand j’ai regardé ma montre au 25 ème km et que je me suis rendu que je n’avais toujours pas passé la moitié je me suis dis que la journée allait être longue.

La course pleine, que ce soit en terme de résultat ou d’émotions, c’était incroyable. Je finis 8ème (3ème français) et je dois bien passer 10 min à pleurer de joie sur la ligne d’arrivée. Il y avait vraiment un niveau de dingue sur cette édition : avant la course j’espérais jouer le top 20 au mieux. Finalement je rattrape des coureurs petit à petit sur la seconde moitié et je fais une grosse remontée dans la dernière bosse jusqu’à la Flégère en serrant les dents. Je pense que la descente sur Chamonix est mon souvenir de course le plus douloureux, mais je savais que je défendais mon top 10 : je me suis battu pour ne pas craquer. Les encouragements tout au long du parcours m’ont bien aidés.

Tu es entrainé par Jérôme Mermillod, tu peux nous décrire votre relation ? 

Jérôme est hyper précis dans les entrainements : tous les jours je sais exactement ce que j’ai à faire. Cependant il n’est pas centré uniquement sur le sport et intègre les autres contraintes que je peux avoir. Il sait aussi d’où je tire ma motivation et va en tenir compte. Il ne m’a jamais déconseillé de passer une semaine en montagne avant un objectif, même si ça pouvait être une belle connerie. Il prend en compte cet aspect plaisir, je pense qu’il souhaite tout d’abord que je sois heureux avant d’être performant. Avec mes nombreuses années de compétitions, je pense avoir accumulé beaucoup de connaissances sur l’entrainement. Pour autant, je ne pourrais me passer d’un coach. Si je peux imaginer entrainer un ami, je n’aurai jamais assez de recul pour le faire sur moi. Cette relation de confiance et ce regard extérieur sont indispensables ! Je ferai beaucoup d’erreurs sinon…

Tu utilises Nolio au quotidien, qu’est-ce que la plateforme t’apporte ?

En tant que sportif, c’est la plateforme la plus facile d’utilisation que j’ai eu. J’ai une bonne vision de mes entrainements que je peux mettre en face de mon emploi du temps, ce qui m’aide à m’organiser. J’ai accès aux consignes pour chaque séance, je peux analyser mes statistiques et mes données de forme. Toutes ces données (retours, sensations, HRV…) sont accessibles pour Jérôme ce qui lui permet  d’avoir une bonne vision et un point de vue objectif. J’apprécie particulièrement d’avoir tout ce qui concerne mon entrainement regroupé à un seul endroit, cela me fait gagner beaucoup de temps.

Trouves-tu que Nolio a facilité les échanges que tu as avec ton entraineur ?

Bien sûr, je viens directement donner mon ressenti sur la séance après chaque entrainement. Cela permet d’échanger avec Jérôme et de vite réagir / adapter s’il y a un problème. Je peux aussi bloquer des périodes pour l’avertir d’une indisponibilité, d’un projet ou d’objectifs. Cela facilite les interactions et permet un suivi vraiment personnalisé.

Un petit mot pour finir ?

Comme quoi même les geeks de l’ENSIMAG font des trucs super utiles comme Nolio ahah.