Portrait d'entraîneur : Jérôme Coppel

📸 IAM Cycling

Ancien cycliste professionnel et membre de l'équipe de France à plusieurs reprises, Jérôme a obtenu une médaille de bronze sur le contre-la-montre des championnats du Monde à Richmond en 2015 aux USA. Rencontre avec un homme qui est devenu coach et commentateur sur plusieurs évènements.

"Dans le mur du Huy, on avait l’impression d’être dans un stade de foot, il y avait tellement de monde. Je me suis fait lâcher dans la dernière montée, mais sans voir le final on savait très bien qui avait gagné, c’était incroyable. J’en avais des frissons, vraiment."

Bonjour Jérôme, peux-tu te présenter pour ceux qui ne te connaissent pas ?

Jérôme Coppel, j’ai 36 ans, j’ai eu un parcours assez atypique. J’ai débuté le sport par le ski de fond à haut niveau. J’ai fait 4 ans de ski-études à côté de Chamonix, avant de basculer vers le vélo en 2004. J’ai fait exclusivement du vélo à partir de cette année, je suis passé professionnel en 2008 jusqu’en 2016. Aujourd’hui je suis coach sportif, j’ai deux centres d’entraînement vélo qui s’appellent PowerWatts, et je réalise des plans d’entraînement à côté. Enfin pendant le mois de juillet, je suis commentateur pour le Tour de France sur la radio RMC.

Quelle course t’a le plus marqué pendant ta carrière ?

C’est difficile de n'en sortir qu’une seule mais bien sûr, celle qui fait le plus vibrer, qui sort du lot, c’est le Tour de France avec l’ambiance, le nombre de spectateurs, la pression autour, et le mythe de cette course. J’ai vraiment aimé aussi les classiques ardennaises comme la Flèche Wallone, Liège-Bastogne-Liège et l’Amstel Gold Race, etc…

J’ai un souvenir de la Flèche Wallone en 2011 lorsque Philippe Gilbert a gagné les trois classiques. Dans le mur du Huy, on avait l’impression d’être dans un stade de foot, il y avait tellement de monde. Je me suis fait lâcher dans la dernière montée, mais sans voir le final on savait très bien qui avait gagné, c’était incroyable. J’en avais des frissons, vraiment.

Quel est le résultat dont tu es le plus fier ?

Au niveau résultat pur je dirai la médaille de bronze aux championnats du Monde en 2015 sur le contre-la-montre. C’était un peu inattendu, même si le chrono, c’est ma spécialité. J’avais misé une grande partie de ma saison sur cet objectif.

Dans le même genre, je pourrai dire mon titre de champion de France sur le contre-la-montre la même année. J’avais été champion de France amateur et espoir auparavant. Il me manquait ce titre de champion de France chez les professionnels. Sinon, au-delà des résultats, je dirai la première fois que j’ai terminé le Tour de France. Quand tu arrives sur les Champs Élysées, c’est quelque chose d’unique. Tu as l’impression d’avoir terminé un truc énorme, d’appartenir à une petite caste de coureurs qui est assez réduite, car au final nous sommes « peu » à le finir. C’était une belle fierté la première fois pour moi. J’aime bien dire que j’ai fait 6 fois le Tour de France en tant que coureur et j’en suis à 5 en tant que commentateur, je rattrape mon nombre de Tour là ! (rires)

D’avoir la possibilité de découvrir le Tour de France d’un autre côté que celui d’un coureur, c’est vraiment quelque chose de génial. Ma vision a complètement changé par rapport à celle que je pouvais avoir auparavant.

Quel est le plus grand cycliste de l’histoire pour toi ? et quel coureur t’impressionne le plus en 2022 ?

Il y a toujours les plus anciens comme Eddy Merckx, il est encore sûrement considéré comme le plus grand cycliste de l’histoire, même si je n’ai pas connu cette période. Je reste sur Eddy Merckx par rapport à tout ce qu’il a fait, il reste un mythe. Mais d’autres coureurs arrivent et vont sûrement l’égaler ou peut-être même le dépasser, cela reste mon avis.

En ce moment Tadej Pogacar est tout simplement énorme. Il a gagné deux fois le Tour de France déjà à 23 ans. Il a une légèreté, il a l’impression d’être très facile en course.  En 2022, il a 100% de réussite sur les courses à étapes. Ce qui est vraiment fou, c’est qu’il a fait son premier Tour des Flandres cette année, et il fait 3ème, il a gagné Liège-Bastone-Liège.

Je peux parler de Wout Van Aert qui est vraiment très impressionnant, et je vais ajouter Mathieu Van der Poel. Il a l’air un peu moins complet que Wout Van Aert, mais il est tellement spectaculaire, c’est un plaisir à regarder.

Auparavant, pendant les années Armstrong et ensuite avec Sky, les courses étaient cadenassées, il n’y avait pas vraiment de fait de courses. Ces jeunes coureurs comme Mathieu Van der Poel ou Julian Alaphilippe cassent les codes en attaquant parfois à 50 km de l’arrivée. C’est un sacré vent de fraîcheur.

Tu as arrêté ta carrière professionnelle en 2016 alors que tu étais encore plutôt jeune (30 ans), pourquoi cet arrêt prématuré ?

Comme j’ai pu le dire, j’ai débuté par le ski de fond assez jeune, je suis parti de chez moi à 15 ans pour faire ski-études. J’ai arrêté ma carrière à 30 ans car finalement cela faisait déjà 15 ans que je faisais du sport de haut niveau dans des sports assez difficiles. Quand je suis passé professionnel, je me suis toujours dit qu’à partir du moment où je n’aurais plus envie de faire des sacrifices, de partir en stage, de faire des reconnaissances, de faire attention à la nutrition, ce serait la fin pour moi. Je ne voulais pas faire du vélo juste pour dire que c’est mieux de gagner de l’argent en faisant des courses de vélo plutôt que d’aller travailler, ce n’était pas du tout ma mentalité.

J’ai eu deux années un peu difficiles en 2013 et 2014. J’ai eu un virus puis en 2014 j’avais déjà en tête d’arrêter, j’ai pu discuter un peu avec mon agent car je ne voulais pas arrêter sur une mauvaise année. Donc j’ai poussé une année supplémentaire, je lui ai demandé de me trouver un contrat et j’ai donc signé chez IAM. Je ne voulais signer que pour un an, car pour moi c’était ma dernière année de vélo chez les professionnels. Au mois d’avril, pendant le Tour du Pays basque je me suis cassé la main à cause d’une chute. Cette blessure tombe mal car je commençais à bien performer, elle m’a coupé dans mon élan. L’équipe m’a proposé de prolonger mon contrat pour l’année 2016, j’ai longtemps hésité et avec la perspective des Jeux Olympiques en 2016, je me suis dit que je pouvais gagner ma place.

À la fin de l’année 2015 je me suis fait opérer de nouveau pour enlever les plaques et les vis. En reprenant l’entraînement ensuite en 2016, j’avais de grosses douleurs. J’ai passé un arthroscanner qui a décelé une maladie à la main, ce qui devait signifier la fin de ma carrière. Étant donné qu’il s’agissait de ma dernière année en tant que professionnel, j’ai pu me faire opérer pour régler ce problème à la fin de ma carrière.

Peux-tu nous parler du centre PowerWatts que tu as ouvert à Genève en 2019 ? en quoi consiste-il ?

Je suis originaire de Haute-Savoie, il est parfois compliqué l’hiver de s’entraîner avec la météo que l’on a ici. Pendant ma carrière, j’avais plusieurs amis qui me demandaient ce qu’il fallait faire comme entraînement sur le home-trainer quand il faisait mauvais. C’est à ce moment-là que je me suis renseigné sur ce qu’il se faisait sur le marché. J’ai découvert le système PowerWatts, c’est un ancien triathlète qui a créé ce système d’entraînement, c’est aujourd’hui le Headcoach de l’équipe Israël-Premier Tech avec Christopher Froome, Michael Woods. Cet entraîneur habitait au Canada, il avait un peu la même problématique que nous en Haute-Savoie pour l’entraînement avec les hivers qui sont longs, il fait froid… C’est pour cela qu’il a créé ce logiciel d’entraînement. Il y a entre 8 et 10 vélos, c’est lui avec d’autres entraîneurs des équipes professionnelles qui créent les séances. C’est exactement les mêmes entraînements que les pros, mais adaptés pour tous les niveaux. On travaille avec les watts, la fréquence cardiaque, la cadence. Les 8 ou 10 personnes viennent s’entraîner en même temps, ils font tous la même séance, mais chacun avec son propre niveau. On travaille avec une puissance critique de 20 minutes.

J’ai des amis qui sont professionnels qui ont une puissance critique de 400-420 watts, et d’autres personnes qui débutent le vélo qui sont à 100-120 watts. Grâce à l’émulation de groupe, les personnes se poussent à se dépasser, et l’entraîneur est devant pour donner des conseils. Nous avons deux centres d’entraînements PowerWatts : Un à Genève et un autre dans le canton de Vaud. Nous avons en parallèle de ça, une académie de formation où l’on forme des coachs sportifs.

Tu as créé également le Coppel Cycling Club, peux-tu nous en dire plus ? quels sont les projets, les évènements proposés ?

L’idée du Coppel Cycling Club ce n’est pas de créer un club de vélo où l’on va se déplacer sur des courses, etc… C’est plutôt d’avoir une communauté, pouvoir faire des événements autour du vélo, mais pas seulement. Les personnes adhèrent sur une année, on organise des petits stages, des sorties, des formations sur la nutrition par exemple. L’idée aussi, c’est de se retrouver en dehors du vélo pour que tout le monde se rejoigne et passe des moments sympathiques sans que l’on parle vélo. On a créé un événement qui fonctionne plutôt bien, il s’appelle le «vin du 20». Tous les 20 de chaque mois, on se réunit tous ensemble, on déguste du vin, et on mange. Cela permet de parler d’autres choses que du vélo, de sortir un peu de ce cadre.

Quel est ton meilleur souvenir de coach ?

C’est difficile d’en sortir un. On a vraiment différents profils de coureurs, certains sont vraiment accès vers la compétition, ils veulent faire des résultats, ce sont souvent des jeunes qui ambitionnent de passer professionnels. Les bons souvenirs ici, ce sera des belles performances de leur part. D’autres veulent simplement progresser, avoir plus d’assurance à vélo, progresser physiquement. C’est déjà une grosse satisfaction pour moi. Si je devais sortir vraiment un moment, ce serait celui avec un junior que j’ai récupéré récemment. Il n’était pas loin d’arrêter le vélo car il était souvent blessé, les résultats ne suivaient pas. On a tout repris à la base, avec de nombreux échanges. Trois mois plus tard il a fait son premier podium sur une course fédérale, il était vraiment heureux et ému. De voir un jeune prendre du plaisir sur un vélo, le voir épanoui, c’est vraiment un super souvenir pour moi.

Tu utilises Nolio au quotidien, qu'est-ce que la plateforme t'apporte ?

Alexandre m’a contacté en 2019 pour me présenter la plateforme, j’étais à ce moment-là entrain d’ouvrir mon deuxième centre d’entraînement, j’avais complètement arrêté les coachings, donc je ne m’étais pas trop penché sur la plateforme. Je me suis remis sur le sujet en 2021 avec les plans d’entraînement à distance pour plusieurs athlètes. C’est un gain de temps énorme car tout est centralisé au même endroit. C’est un gain de temps pour moi entraîneur mais aussi pour les athlètes, ils font le lien avec la plateforme et directement après la séance, tout est sur la plateforme. On peut avoir toutes les informations que l’on souhaite comme le ressenti, la perception de la séance, il est possible d’ajouter des commentaires. Ce que j’adore vraiment sur cette plateforme, c’est qu’elle est vraiment intuitive, très visuelle avec les couleurs. Tout est vraiment centralisé sur la plateforme, les séances, le système de paiement, le chat (messenger de la plateforme). Les fichiers Excel auparavant, c’était assez long et fastidieux.

Pour toi, sur quel(s) point(s) Nolio pourrait-il s’améliorer ?

Ce qui est vraiment intéressant ici c’est la prise en compte des feedbacks des entraîneurs. Nous pouvons faire des suggestions d’amélioration et souvent cela se retrouve dans la mise à jour suivante, c’est vraiment top. Peu de plateformes le font et je trouve cela dommage. C’est un nouveau bon point pour Nolio. Pour répondre à la question, je pourrai dire car je suis assez fainéant, qu’il serait intéressant de mettre en place un truc qui détecte certains intervalles. Les coureurs à pied sont bien éduqués pour ça, les intervalles sont sur la montre et on retrouve directement cela sur Nolio ensuite. Mais à vélo nous sommes différents, nous n’avons pas le réflexe d’aller « laper » lorsque l’on réalise des intervalles. Le coach doit aller chercher lui-même sur les courbes. S’il y avait un petit truc qui pouvait détecter automatiquement les intervalles, ce serait génial.

Un petit mot pour finir ?

Je conseille à tous ceux qui n’ont pas encore passé le cap de passer sur ce genre de plateforme, de le faire rapidement. J’entends parfois des entraîneurs dire que c’est complexe, que ce n’est pas adapté pour leurs sportifs... C’est un tel confort de pouvoir utiliser une plateforme comme Nolio ! Le fait de pouvoir intégrer le ressenti de la personne, c’est très important.

Il ne faut jamais oublier le côté humain, les sensations pour que les personnes puissent garder du plaisir.

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