Un jour, je me suis rendu à une réunion d’une association afin de participer à une réflexion organisé par une ville. L’approche de la rencontre était transversale : quelle place pour les technologies dans la ville ? Quels impacts pour la vie des citoyens ? Comment créer une ville durable et vivable ? Lors du tour de table en début de soirée, je me suis présenté comme un entrepreneur et un responsable d’un espace de coworking associatif. La réunion s’est bien déroulée et fut nourrie d’échanges riches et instructifs. À la fin de la soirée, l’initiateur de la réunion m’a indiqué qu’il serait ravi de me voir revenir pour la suite des réunions et des rencontres avec ma facette associative… mais sans ma facette de dirigeant d’entreprise (moins associative et forcément plus économique). Une requête impossible à satisfaire à moins de renier une partie de mes expériences de vie, de mes pensées et de mes préoccupations.

De la même manière, un individu n’est pas sportif d’un côté et salarié d’une entreprise de l’autre. Un individu n’est pas sportif d’un côté et parent de l’autre. Une femme ou un homme qui part courir ne laisse pas ses pensées, ses enjeux et ses problèmes personnels avant de débuter son entraînement. Toutes les facettes de nos vies sont entremêlées et il est illusoire de s’imaginer qu’elles puissent s’associer et se dissocier à la demande.

 

Explorer l’individu (et non l’athlète)

 

Lorsqu’un athlète ou un coach décide d’introduire la préparation mentale, il est essentiel de conserver cette idée à l’esprit : l’athlète est un tout et la préparation mentale est une approche globale.

Les athlètes de haut niveau ont des approches variées pour aborder la préparation mentale. Parmi eux, des athlètes font appel à des coachs de vie ou travaillent depuis des années avec des psychologues comme par exemple pour Teddy Riner avec Meriem Salmi. Alors que d’autres s’entourent de préparateurs mentaux ou trouvent cette dimension auprès de leur entraîneur comme par exemple pour Tony Estanguet avec Sylvain Curinier qui apporte une dimension de coaching à la fois physique et mental à son athlète. Peu importe les outils qui sont exploités ou la personne qui introduit la notion de préparation mentale, l’intérêt et la réussite de la démarche sont avant tout liés à son origine, le fameux « pourquoi », et à l’implication de l’athlète.

 

Illustration 1 – Liens entre les différentes facettes de la vie

 

Pour une préparation mentale réussie, il s’agit moins d’amener des outils que d’amener l’athlète à comprendre pourquoi il ressent que la dimension mentale est un frein. Il est également essentiel de faire réfléchir et formuler le sens que l’athlète souhaite donner à son parcours sportif. Nous ne parlons pas du sens qu’il donne à sa quête de résultat sur le moment. Nous parlons d’un sens plus profond qui consiste à identifier les liens entre son besoin de performer dans son sport et la constellation de ses besoins, de ses envies et de ses motivations profondes en tant qu’être humain. Cela permet également de comprendre les liens entre la pratique sportive et les autres facettes de la vie. À partir de cette exploration, vous pourrez définir le contrat qui liera la préparation mentale au souhait de vivre des moments de sport d’une manière personnelle et adaptée. La question de la préparation mentale n’est pas qu’une question de performance, c’est une question de « bien-vivre », de vivre un moment spécifique lors duquel le corps et le mental s’expriment de manière intense.

Pour explorer cela avec l’athlète, vous pouvez simplement l’amener à se poser des questions : pourquoi pratique-t-il son sport ? Pourquoi pas un autre ? Pourquoi la compétition ? Pourquoi pas juste des entrainements ? Etc. Vous pouvez employer la rêgle des « 5 pourquoi ». Pour approfondir les raisons d’un besoin, il est nécessaire de se poser plusieurs fois la question « pourquoi ». En posant ces questions à l’athlète, cela lui permet d’explorer ses motivations et de clarifier ses besoins.

 

Construire un environnement

 

Une fois que le contexte de l’athlète a été identifié, compris et conscientisé, la préparation mentale peut débuter sur des bases solides et être adapté à l’athlète. Il ne viendrait à l’idée de personne de planifier le même entrainement physique pour un athlète débutant, pour un athlète confirmé ou pour un athlète avec un handicap au niveau des jambes ou pour un athlète ayant un handicap au niveau des bras. Pourtant, nous avons tendance à appliquer les mêmes outils et les mêmes recettes à une personne ayant du mal à gérer son stress. Et ce quelques soient les origines profondes de son stress et les détails de son mécanisme de stress.

 

Illustration 2 – Connaître et s’adapter à l’autre

 

Pour être efficace, la préparation mentale doit rester la responsabilité de l’athlète. Le coach ou le préparateur mental ne peut se substituer à l’athlète. Pour éviter cela, le coach peut concentrer son travail sur l’environnement de l’athlète, ce qui l’entoure et l’accompagne. Par exemple, il peut l’amener à s’interroger sur son rituel d’avant course, les éléments avec lesquels il interagit, au lieu de lui proposer immédiatement une solution liée à sa manière d’être. Le fait de développer une approche de questionnement sur le contexte, cultive la construction d’un environnement adapté et qui transformera à terme l’athlète. Cela permet d’éviter le focus sur une transformation direct et immédiate de l’individu, plus complexe et peu éthique.

3 étapes pour débuter la préparation mentale

 

Pour débuter la préparation mentale auprès d’un athlète, il est important de définir le périmètre et le sens que l’athlète souhaite lui accorder. Je vous propose 3 étapes simples pour débuter et intégrer sereinement la démarche et les outils associés dans la relation avec l’athlète :

1/ Questionner l’athlète et creuser le « pourquoi » de sa démarche sportive, explorer le sens et les impacts du sport sur toutes les autres facettes de sa vie.

2/ Identifier les besoins et les envies de l’athlète, les émotions et les ressentis vécus lors des expériences passées qu’elles soient sportives, personnelles ou professionnelles.

3/ Challenger les émotions et les croyances de l’athlète lors de ses interactions avec son environnement en construisant ensemble des expériences à mener de manière itérative et incrémentale.

Finalement, la préparation mentale est une histoire de dialogue, de questionnement, d’écoute, d’humilité. Ce sont les premières actions à mettre en oeuvre. Après cela, le préparateur mental pourra proposer un panel d’outils. Des outils que l’athlète rejettera, acceptera ou adaptera en fonction de son propre apprentissage et de son évolution.

Auteur de l’article

Laurent Pouchoy, coach, auteur du livre Moments et des formations « Apprivoiser son athlète intérieur » et « Entraîner des athlètes intérieurs » à découvrir sur Facett.es